J’ai vidé mon p’tit frère hier, j’lui ai pris toute son énergie et j’l'ai foutue dans la construction musicale. J’lui ai appris la grille, et au bout d’un certain temps, il pouvait la jouer seule sans que je la joue avec lui, et je pouvais improviser dessus, puis l’autre troubadour qui me sert de frangin s’est ramené avec sa mandoline, et oscillait entre variations et grille pure, ce qui faisait un nouveau soutient à mon p’tit frère, c’était alors plus facile, il était entouré de plus de sons, pouvait mieux se repérer.
J’ai vu les cernes s’allonger sous ses yeux, son regard se fixer, puis perdre de sa couleur énergétique, mais toujours son pied battre la mesure. J’ai vu sa concentration s’exacerber et s’amplifier à tel point qu’elle avait pris tout son être, tout son être seulement actif dans le but de continuer cette grille, car il fallait qu’il ne fasse plus d’erreurs dans l’enchaînement, mais il fallait aussi que la musique continue. Et moins il y avait d’erreurs, plus il voyait que ma mélodie se nourrissait et voyageait pour toujours plus embellir ces sons empilés. Alors il s’est donné tout entier, inconsciemment et consciemment, dans cet exercice mais surtout dans cette réalisation.
J’ai repensé à la phrase de mon directeur, “Les enfants ne sont pas des usines de production”, je me suis demandée si je demandais pas trop à mon beb, mais il se jetait de lui-même dans ce courant musical, intense et exigeant (pour qui découvre les différentes connexions de sons lorsque l’on joue ensemble sans partwach), et je me suis dit que tout ça le faisait grandir et apportait à son âme et à son être la beauté et la sagesse de la musique.
C’était vraiment coule, me suis sentie fière de pouvoir lui apporter quelque chose et de partager ça avec eux.




